Didier Mansuy le 22 juillet 2007

Version n°9

 

 

 

Les UEEH de Marseille 2007 et le parti pris

La destructuration ou le rêve d’une mort annoncée.

 

 

 

Ce fut pour moi ma première visite, de trois jours, aux UEEH de Marseille, été 2007. Sensibilisé à cet événement, depuis deux années, par un des administrateurs (je me refuse systématique, non par esprit de système mais par identité, à mettre au féminin les garçons et moi en premier contrairement à ce qui est prôné dans cette université d’été). Je le remercie vivement pour cela mais aussi pour sa grande capacité d’écoute, son ouverture et son intelligence. J’ai fini par céder à sa demande afin de participer et d’animer un atelier. Je ne fus pas déçu, positivement. Mais l’observation, calme, froide, pragmatique de la maïeutique en train de se faire sous mes yeux grands ouverts, m’a laissé sur beaucoup de quant à soi, de redites et d’eau chaude qui boue à nouveau : est-ce une invention nouvelle ?

 

I UN COUP DE CHAPEAU.

 

1) A tous ceux et celles qui ont organisé, aidé, donné de leur temps énormément, avec un sincère esprit de participation et une volonté d’agir pour faire avancer le genre humain. Merci pour leurs investissements, leurs dévouements, leurs écoutes et leur calme. Par contre, je ne félicite pas ceux qui se sont comportés comme des vacanciers, des utilisateurs de service tout prêt et des bénéficiaires passifs d’un système d’hébergement bon marché.

 

Donc, un grand coup de chapeau à tous ceux qui y ont mis du leur et ont payé de leur personne.

 

2) Certes beaucoup de choses auraient pu être mieux organisées ou préparées, mais c’est toujours plus simple à dire lorsque nous ne sommes pas responsables des actions et que nous n’avons pas fait grand-chose pour aider. Je formulerais cependant les remarques suivantes :

 

2.1) LE SITE, était aussi ésotérique qu’incompréhensible, si bien que peu de personnes savait s’en sortir. Résultat les défections furent très nombreuses, démoralisés que nous étions devant un monstre inerte, insensible, inaccessible, muet, inactif. Je ne me suis pas inscrit, je n’y suis pas parvenu. L’inscription a été faite pour moi par le gentil administrateur, sinon je ne m’en serais jamais sorti ;

 

2.2) LES INFORMATIONS, avant et sur le lieu des UEEH, devraient avoir un caractère plus lisible et plus facilement identifiable. Une suggestion est de matérialiser un endroit très clair, isolé, évident, concernant tout ce qui est fonctionnement, déroulement, administratif, en somme tous les renseignements de base. Trop d’information tue l’information, si bien que nous ne lisons plus rien dans cette quantité de papiers, affiches, prospectus, post-it., etc. qui agressent notre champ visuel sans jamais le retenir, ni le satisfaire. Même lorsque nous cherchons une information, il n’était pas aisé de la trouver. Si on la trouvait ! Exemple : où avait lieu le colloque à la fin de la semaine « de réflexion » aux UEEH ? Ce n’était tout de même pas inintéressant de le savoir à l’avance : pas d’annonce, pas de plan, pas d’adresse, juste paraît-il, mais je n’ai pas vu, des affichettes la veille, à la fin de la journée : mais où ?

 

2.3) LE COLLOQUE.

- 2.3.1 La prise de parti du « président » de séance de ne pas occuper le siége traditionnel, au centre de l’hémicycle, à l’endroit le plus élevé permettant de voir tout le monde, mais de se placer à droite de ce siège, se cachant ainsi au moins les deux tiers de la salle, était un très mauvais choix et une absurde réaction épidermique contre les institutions et les organisations : bien vaine consolation pour se révolter lorsque sa démarche entraîne des nuisances fort mal vécues. Cette position le conduisit à des dons de prises de paroles plus qu’aléatoires, voir inexistants. Je n’ai jamais eu d’attribution de parole de toute la journée. Merci et je salue une telle efficacité : peut-être aurais-je dû faire un scandale comme j’ai pu en voir, mais ce n’est pas « ma tasse de thé [1]», ni mon idée du respect de l’autre et de la démocratie. Par contre, ne pas me voir et ne pas me donner la parole fut pour moi fort peu respectueux et même offensant. Je conteste la prise de parti du choix de ce positionnement par le président, qui semble refuser la hiérarchie ou l’autorité, mais dénie l’expérience démocratique et pragmatique dans le but d’une bonne gestion de la distribution de la prise de parole. S’il avait été au centre, le président aurait vu et observé. Il n’aurait plus été à la pèche aux velléitaires. Dois-je vous dire que j’en suis encore furieux.

-2.3.2 L’attribution de la parole n’était pas faite correctement, mais la gestion du temps de parole pas plus !

2.3.2.1 Des intervenants, dans leurs exposés, ont outrancièrement dépassé le temps attribué, amputant ainsi celui de leurs collègues qui suivaient, souvent pour dire des choses qui auraient facilement été résumées et y auraient gagné en clarté et en efficacité : plus courtes, moins redondantes, moins superflu aurait été un vrai luxe bienfaisant. Quel salmigondis se fut et quelle indigeste écoute. Eviter la redondance et l’expression inexacte, voire incompréhensible, les effets de phrases creusent qui ne veulent rien dire mais qui laissent croire, quelquefois au conférencier, mais lui seul, qu’il est un grand rhéteur. Excusez-moi mais c’est vanité et orgueil, mêlé d’incompétence. Heureusement ces constatations ne s’appliquent pas à tous les intervenants, mais tout de même quelques-unes.

-2.3.2.2 Concernant le temps donné au bon peuple public, il n’y eut pas de gestion, des discours fleuves et sans contenus par certains qui empêchaient d’autres de s’exprimer : encore une fois je n’ai jamais eu la parole ! Etais-je transparent ou trop « traditionnel ». Faut-il redire que je suis furieux ! Alors que des interventions, non canalisées, ont durées trop longtemps sans rien apporter.

-2.3.2.3 Le président a donc failli.

-2.3.2.4 Les intervenant répondaient à la salle, au coup par coup, ce qui est absurde, et ils répondaient en creux sans avoir écouter, en repartant sur leurs veilles lunes et leurs resucées non vérifiées et surtout malheureusement inexactes pour certaines.

-2.3.2.5 Le président n’a pas joué, absolument pas joué, son rôle de président, de distributeur averti de la parole, de médiateur et de garant des règles du débat démocratique.

-2.3.2.6 Mais le colloque lui-même, posait des problèmes dans sa conception, sa mise en œuvre : disproportion évidente des temps de parole monopolisés par des fractions non représentatives ou « intégristes » ; choix des sujets déséquilibrés aussi ; qualité, trop peu vérifiée, des intervenants qui exposaient des choses dont l’exactitude et la justesse, pourtant prétendues universitaires, étaient absolument et totalement scandaleusement fausses, contordues pour contrefaire la réalité et asséner des anathèmes, notamment racistes pour une conférencière dans le plus total mépris de la réalité historique et des autres en général. C’était l’intervention péremptoire d’Elsa Dorlin, quasi méprisante. Mais Maud Thomas dans la découverte quelle a voulu nous faire toucher du doigt, avec « émerveillement », de la nouvelle Jérusalem céleste de la sexualité sans sexe, était aussi toute particulière. Une vision idyllique qui nous annonce un nouveau monde, une troisième sphère platonicienne démultipliée par l’ivresse scarificatoire d’un retour aux représentations tribales des premiers temps des conflits claniques. Le grand avenir radieux de Maud Thomas serait-il dans la ségrégation, la segmentation, l’ablation et l’exclusion ? En tout les cas, je n’y ai pas senti « de fraternité entre trans, pédés et gouines, ni d’amour. Un amour qu’on ne trouverait nulle part ailleurs et qui permettrait de partager nos points communs et nos divergences » (reformulation d’un message écrit sur le site).

-2.3.2.7 Comme tout cela était bien triste. Une vérification préalable devait se faire avant le colloque, comme dans tout colloque prétendant faire intervenir des « sachants ». Ce qui évite aux détracteurs fascistes d’intervenir, comme aux révisionnistes ou aux metteurs en place d’idéologies destructrices, ne valant que pour leurs propres représentations fractales, fantasmagoriques de leurs problèmes identitaires ou ethniques voir coloniaux.

-2.3.2.8 Une bonne pratique du débat est de faire s’exprimer la salle en enchaînant plusieurs questions. Le président les synthétise et les attribue, pour réponses, aux intervenants en gérant les temps de réponses afin que les intervenants ne repartent pas pour un nouvel exposé péremptoire, au mieux abscon.

-2.3.2.9 Un colloque, suivant une semaine d’ateliers, de conférences, de travaux divers, aurait dû aussi être le lieu des rendus de ces ateliers pour en apporter la saveur et le contenu à tous, et faire avancer par une maïeutique collective, le débat, les débats, identifier les points durs à faire encore progresser mais aussi les demandes à adresser aux « politiques » ou à la société.

 

 

Ce ne sera donc pas un coup de chapeau pour le colloque.

 

 

Avec les propos qui vont suivre, je sais que je ne vais pas me faire que des amis mais il faut arrêter les discours convenus et les propos toujours flatteurs ou en accord. Il y a des moments où les plaisanteries ont assez durées. Madame de Staël déclarait d’ailleurs « Un homme doit savoir braver l’opinion ». Et puis quelques soient les réactions il faut bien se rendre à l’évidence « La vie n’est qu’une maladie mortelle » rien ne pourra donc être plus grave.

 

II LE CHOC DES EGO.

 

« N’être qu’un homme. Seule la femme peut-être, est capable de croire que « ça vaut le coup » ». Extrait de L’Abattoir de Henri Rode 1998.

 

Je suis un modeste homosexuel masculin qui aime les garçons lorsqu’ils ressemblent à des garçons. J’en suis très fier. J’ai, par mes actions, assez largement contribué à la libération dont tout le monde bénéficie aujourd’hui. Grâce à des luttes âpres et douloureuses aux niveaux familiales, sociales et législatifs. J’ai payé très cher : ma vie fut largement oblitérée et ma carrière rendue impossible. Aujourd’hui, rien n’est acquis définitivement, il convient d’être vigilant et de poursuivre en améliorant ce qui est commencé. Que d’autres viennent se greffer sur le tronc des combats menés et gagnés, c’est une bonne idée mais il ne faut pas inverser l’histoire, la contrefaire ou la tourner à son avantage par souci uniquement de se mettre en avant dans une dialectique ségrégationniste et égocentrique : c’est pourtant ce que j’ai beaucoup entendu durant les UEEH.

 

« Je » et beaucoup avec moi, sommes homosexuels masculins aimant les hommes masculins. Nous sommes, sans aucun doute, capables de comprendre les différences. Soit ! Mais que nous soyons accusés de domination, de machisme, voire marginalisés alors NON.

 

Mon homosexualité ne date pas d’hier et j’ai toujours voulu l’affirmer sans en faire une bannière ou me mettre une plume dans le cul. Je n’ai jamais souhaité me marquer au fer rouge sur le front, d’un signe de reconnaissance indubitable, mais je n’ai pas voulu non plus me dissimuler. Toujours, la difficulté de vivre cette homosexualité a été plus grande à vivre dans la société à cause des a priori féminins de cette société, a priori qui organisent et entretiennent le machisme et reproduisent les prototypes dominateurs.

 

Finalement avec les hétérosexuels masculins, les rapports sont le plus souvent décontractés, dés après l’annonce de ma sexualité « aimer des hommes ». Les relations sont alors calmes et paisibles, sauf avec quelques crétins indécrottables. Pour les autres, l’annonce faite, ils ne voient plus en moi un concurrent face à leur espoir de conquêtes féminines et sont plutôt flattés d’exercer un pouvoir de séduction, même s’ils disent le contraire. Cependant au lit, leur anatomie, s’affirmant et grandissante, montre bien l’impact du désir. Donc pas de problème, les milieux masculins mâles (pas ceux d’Elsa Dorlin) ne posent aucun problème à mon homosexualité tant qu’ils ne sont pas dans l’obligation de jouer aux faux-semblants de la séduction. Les milieux masculins « mâles arabes » d’Elsa Dorlin, qu’elle ne connaît manifestement pas et dont elle ne sait rien de la sexualité, quant-à eux sont tout à fait réceptifs, voire plus. Les propos outranciers de cette intervenante participent à l’oppression des homosexuels arabes dans leurs pays. Cette affirmation pas uniquement pour la provoquer mais aussi pour des raisons bien simples à expliquer et à trouver mais qui lui sont passés complètement au-dessus de la tête en raison de son parti pris raciste contre les « blancs », par nature tous des colonialistes. Quel dénie de l’université et de ces travaux, quelle absence de respect des travaux scientifiques et de leur honnêteté, quelle suffisance prétentieuse et conquérante, quel manque de respect pour ceux et celles qui réfléchissent un peu.

 

La femme n’est pas un pur esprit, fait de joie et de douceur, « qui sera l’avenir de l’homme au XXIième siècle » comme le prétendait Aragon, selon sa libido toute personnelle et contestable. Non ! D’ailleurs, tout de suite pourquoi ne pas comparer cette déclaration plus que parti pris avec cette autre de Jeanne Moreau qui laisse deviner toute sorte de sous-entendus et démontre fort bien la puissance de la main armée qui organise et manipule pour son plus grand avantage : « deux choses sont sans limite : la féminité et les moyens d’en abuser. » (extrait du film Nikita). La création du machisme est due à celles qui en profitaient et le voulaient. Combien de rixes, de bals populaires, de festivités ont basculé dans la querelle et le sang pour une phrase : « Je prendrais le plus fort ! ». Ou autre exemple du même intérêt, ces mères qui élèvent leurs enfants en leurs inculquant le souverain respect de la divine créatrice qu’elles se proclament être : « T’as vu comme c’est un dur, mon fils ! Il s’est battu comme un homme » - « Il me doit tout c’est normal ! ». Et, de suite, les coqs de combat, élevés pour cela et selon un code de complaisance au clan des femmes, se livrent au rituel de séduction apprise, sarabande de coups pour plaire, séduire, conquérir comme des animaux de cirques, leur « fille ». Elever des petits machos pour le plaisir des femmes à venir, voilà la société machiste créée dont les hommes ne sont que les bras armés, pas les initiateurs. Ne dites surtout pas non, car tout est là pour le démontrer. Toujours dans les propos surfaits ou inventés, il convient pour les polir et les restructurer de redistiller une dose d’histoire : elle permet de réduire les contrefaçons et d’écarter les stupidités.

 

Je le déclare, le plus souvent les ennuis ne sont pas venus des hommes, à propos de mon homosexualité. Je ne correspondais pas aux critères féminins, ne les draguant pas, ne les admirant pas par des flatteries, ne les désirant pas. J’étais le différent, l’anormal, celui qui ne se laissait pas émouvoir pas leur féminité, leur jeu de la séduction pour arriver à leurs fins amoureuses, matérielles ou dans le cadre du travail. Donc, je n’étais pas comme « les autres », animal de leur domesticité, leur objet, leur modèle façonné par elles-mêmes et pour elles : il fallait m’éliminer et me mettre à l’écart, d’autant que j’étais un concurrent plus que gênant dans la conquête de l’homme. Les mères de mes petits amis, les femmes de mes amants, les sœurs, les courtisanes, etc. pour le côté affectifs. Pour le côté professionnel : carrière rompue. La parité des postes de responsabilité dans l’administration est depuis longtemps assez large. Elles ne laissent pas de placer « au PD », à « l’autre », car il ne correspond pas à leur souhait de l’exercice traditionnel de leur domination par la séduction sexuelle. Résultat : soit par leurs actions propres, de barrages, ou par manigance avec leurs hommes attribués dont elles réhaussent la virilité en les convainquant qu’ils sont mâles, elles écartent le gênant. Qui est le plus macho celui qui a répondu au stimulus inculqué ou celle qui organise le dispositif.

 

Aujourd’hui, vous vivez dans un monde qui, en 30 ans, a muté totalement mais c’est un temps bien court : ceux qui avaient 20 ans en 1980, en ont pris plein la gueule ou sont morts.

 

Alors, il y en marre de ses revendications puériles « les hommes nous oppressent et comme vous êtes des hommes vous nous oppressez », « Au moins nous les femmes nous cachons nos tripes ! », « Alors, si j’ai une paire de ciseaux que je coupe cette grappe ». Non ! L’oppression ne vient pas de nous mais de vous ! Il y en a marre des remarques « les mouvements féministes ont fait ci et ça ». Les lesbiennes ne sont pas héritières des mouvements des « suffragettes » et même si effectivement telles ou telles actions ont aussi été gagnées, par ou avec l’action des féministes, devons-nous sous-titrer toutes les actions gagnées par les seuls homosexuels masculins aimant les hommes qui ressemblent à des hommes ? Ou voulez faire avec nous un chemin commun, en associant dans cette relation la carpe et le lapin, ou le crapaud et l’abeille si vous préférez, mais faire un bout de chemin dans l’intérêt commun ? Ou préférez-vous afficher vos succès personnels, seules ? Si oui ! Alors fondez des mouvements, toutes seules et faites vos Universités Euro lesbiennes, nous ferons les Universités Euro Homo masculin et les trans, queers, bi, intersexes etc., excusez moi j’oublie et je ne suis pas connaisseur, formeront les leurs. Sans vouloir forcément interpeller toutes celles qui ne pensent pas comme des machottes, je souhaiterais bien que leur majorité de silencieuses se manifeste.

 

Une telle scission, c’est une catastrophe assurée et annoncée mais si vous le voulez faite-le. Sinon stop a l’agression de l’homo parce qu’il a une bite ! Aller voir ailleurs pour chercher votre tête à claque et en premier lieu vers vos semblables. Il y en marre et il faut le dire. La plaisanterie a assez duré, vous préparez l’éclatement de la réunion des collectifs LGBT et votre propre dispersion.

 

L’étiquette de la victime permanente ne vous va plus alors que maintenant tout de même quelle différence et quelle facilité pour vivre : ou bien vous n’avez rien vécu ou bien vous n’avez pas de mémoire ou ce qui est pire vous n’avez pas de connaissances !

 

Que les femmes soient plus perspicaces et agissantes que les hommes, pourquoi pas. ? Du moins l’homme laisse-t-il le regard inquisiteur de la femme le cerner, et préfère à l’imprévu le fait de rester dans ce rond qui trop souvent ne le protége que pour le dénaturer.

 

Libérons l’homme, esclave de la manigance organisée sous cape, tenu par les « couilles » par les porteuses de pantalon familial. La dictature domestique et sociale des génitrices matriarches, qui s’auto-reproduisent chez les féministes, il y en a assez : je ne comprends pas votre combat ; vous choisissez mal vos cibles. Le matriarcat a trouvé dans le mariage l’arrangement idéal pour ne pas être en première ligne mais pour tirer les ficelles par derrière ou au lit, alors cessez de vous poser en victime vous êtes celles qui manipulent. Parmi les métaphores qu’une lente observation des moeurs permet, « l’odeur de sainteté » en dit long sur le rôle de dissimulation du vrai derrière le vraisemblable.

 

III LA DIFFERENCE ET LE GRAND ECART.

 

« Au fait, rien ne serait mieux, songent les porteurs de piques harassés, que de voir masques et mains se réconcilier, former un type nouveau d’individu, hors de toute norme avilissante. Ils feraient trêve pour participer, menottes dans les bouches, à la même marche en avant vers le sable – pour atteindre un lieu, unique en son genre, où tous recevraient quelque somptueux accueil, qu’il soit humain, vivant, ou prodige abstrait. Tout serait mieux que cette avance hallucinée, où ne triomphe que l’égratignure, la morsure. » Henri Rode.

 

Les gays masculins qui aiment les hommes masculins ne se reconnaissent pas au sein d’une communauté prétendue qui ne dispose plus à part égale, des fondamentaux pour lesquels nous nous sommes battus et avons gagné un peu. Jean Cocteau déclarait dans son livre blanc : « Le sexe est la seule chose qui ne sache pas mentir chez l’humain ».

 

Nous sommes éloignés des concepts et visions non homo et non sexuelles, mais bien sûr n’y sommes pas opposés. Mais nous identifier et nous imposer, nous culpabiliser, non ! Il y en a assez. Explorer les facettes de vos personnalités ne vous donne pas le droit d’imposer vos modèles ou vos impasses. La maladresse touchante à oser se montrer nu, à oser se montrer simplement, du moment qu’on n’est ni Apollon ni Vénus en personne, ne peut que faire naître la sympathie en aggravant l’émotion.

 

Je ne suis pas séduit devant des corps mutilés, fanatiquement. Je garde l’image de certains, tristement en mémoire. Des images d’effroi, qui auraient fait horreur au grand public si, certaines avaient été publiées en photos au sortir de la seconde guerre mondiale. La perversion des bouchers bourreaux aurait été portée à la hune, agonie et à juste titre. Justice aurait été demandée. Aujourd’hui ne nous demandez pas d’aimer ce qui est irréparable et qui ne fait pas parti du même combat : l’identité sexuelle que nous avons revendiquée et partiellement gagnée. Ces revendications ne peuvent pas au risque de perdre leur crédibilité et leur soi-propre, s’agglutiner à toutes les manifestations identitaires de différences définitives ou momentanées dont le genre unique et humain ne se revendique pas dans les mêmes lieux.

 

Gainsbourg a chanté la tentation de l’inceste, la peau du légionnaire, s’est déguisé en femme, a fait assister le monde à son naufrage physique. En déduire que tous ceux qui honorent ainsi la mort ont vécu, désiré, fantasmé, que leur apparence inoffensive cache des abîmes de désirs matés, serait une erreur. Un moment, muselés, larmes à l’œil, des pulsions inexprimées au ventre, ils désirent si fort qu’ils pressent l’infirmité physique pour se confondre à la norme et atteindre la plénitude prodigieuse et illusoire seule, ouvrant d’autres abîmes par l’irréparable et l’inaccessible ! Bafouage du compromis de la nature défiée. Cette poudre aux yeux jetée sur le rien concourt à l’affadissement, en prétendant que la licence dédouane la facilité de vivre par personne interposée. C’est de la victimisation pour bénéficier d’une stature apparente de héros ou d’héroïne sans en avoir jamais les bons côtés. Aujourd’hui, on copie pour être soi et on est toujours absent, non reconnu, non identifié parce qu’il n’y a rien à voir dans ce mirage.

 

Le fétichisme d’une haine aveugle de soi ou contre soi, se nourrit de l’agressivité et de la cruauté pour dépasser les cadres dans l’espoir de se sentir mieux ou réalisé. Est-ce là la conséquence d’une réaction terrible, face aux parents démissionnaires dont le comportement au quotidien laisse plus qu’à désirer et affiche des couples bâclés, mal assortis, mal élevés, incapables de donner des repères. Mais qui ose dénoncer toute cette fausse magie prétendue libératoire ? Le sexe existe palpable, plus grand que la notion de divinité, d’autant qu’il produit la jouissance de contact, comme la vie ou la mort. Il conviendrait que lui soit aussi accordé la place qui lui revient naturellement de qualité de référence, d’ordre de grandeur au moins aussi imposant que le sacré ou l’imaginaire. Les prétendues interprétations psychologiques restent incompréhensibles pour le genre commun. On décide ce qui est bon ou mal, dans les mœurs, selon des canons qui n’ont jamais fait le vrai du bonheur de personne, sur une approximation voulue sagesse à tout prix. On sépare le tolérable du répugnant, l’érotisme du sexe montré, sans vouloir apercevoir qu’il y a pour certains une idolâtrie, une mystique de la sexualité au moins aussi respectable, et sans doute plus vigoureuse, que la dévotion à un dieu. Il est déplorable, lorsqu’il est question de sexe, du « vice », que certains jugent sans savoir. Il faut penser à remonter au mobile, à la source qui conduit tel ou tel individu à le pratiquer, contre la galerie qui condamne, sans penser que souvent une part d’idéal forcené conduit vers le mépris pour se différencier.

 

La force des carnavals au Moyen-âge ou des théâtralisations de la vie sociale dans l’antiquité venait de la régularité, mais dans l’instantané et le momentanée. Face au dérisoire, l’instant est conclusif, mais le temps destructeur.

 

Le rite habillé ne dit rien. Le torero est-il plus homme macho ou pas, avec son affublement brillant et la proéminence de sa bosse, qui prétend, par trucage, dessiner ses attributs de façon plus flatteuse. Ces habits, costumes ou « embarras de foire » comme on dit dans le midi, ne sont que grimace de vêture, cachant l’être diminué lui-même parce qu’il veut faire montre d’un mythe et d’une vulgarité transmise.

 

Certains souhaitent être autre chose que ce qu’ils sont : ne pas se satisfaire de sa forme, forcer par quelque détour ou piège, de « contre-nature » cependant il n’y a rien. La gageure est d’autant plus forte de vouloir être ce que l’on n’est pas, dans cette tentative qui concilie le miracle et qui cumule l’incompatible à soi et au contraire. Si l’on ne tient pas plus à ses atouts innés qu’à l’annexion de prérogatives nouvelles, celles-ci et ceux-là peuvent bien s’exclure, insolubles, sans résoudre l’altération flagrante de sa sensibilité.

 

L’atroce est repoussant et fait fuir les autres, les ennemis, mais maintient les membres du clan dans l’identité tribal puisqu’il n’est plus possible de sortir : la mutilation est par trop irrémédiable. La tête de Méduse, comme emblème de rassemblement pour faire fuir tous les Jason potentiels, n’a aucun effet face à la tyrannie voulant tout du pouvoir : la Médée fermée sur son moi de possession, intégralement, exclusivement pour l’amour qui lui sera refusée car elle effraie et complote en sorcière avec des pouvoirs cachés.

 

Je ne sais pas si vous apprécier à sa juste valeur le refus, parfois extrêmement lucide, d’assurer les conséquences de mouvements extrêmes. Vous y voyez une incompréhensible mutilation des droits, et le compenser par une incroyable mutilation, vous qui ne voulez ne rien laisser échapper de l’humain ! Où est le sens ? Mais le nom véritable de cette mutilation n’est-il pas sacrifice identitaire, ou prétendu ? Un moment l’aspect fantastique absurde peut séduire ! Juste un moment. Que pensez-vous de ce genre de sacrifice ? Ah ! Je le devine : il est sans doute aussi inutile qu’inévitable ! Le poète se tient toujours en avant de tous, au nœud de la contradiction. Qu’est-ce qu’une oeuvre en définitive ? Il pourrait répondre : rien ! Alors je me demande si vous ne lui tenez pas rigueur de la crudité, de la terrible pertinence de sa réponse et de l’entêtement qu’il met à la traduire dans ses actes peut-être éparpillés mais construisant une éthique de beauté !

 

IV NARCISSE, L’HELIOTROPE INSATISFAIT.

 

Avec le demi-siècle de mon âge, je constate que le terrain de chasse a considérablement rétrécit et à vue d’œil. Pourquoi ? Parce que les narcisses d’aujourd’hui infatués d’eux-mêmes et de leur « beauté », ne daignent pas offrir de place à ceux qui les ont précédés. Ils ont créé un monde, dominé par l’image mais n’ayant plus de contenu, qui perd l’essentiel à savoir « la fascination de l’esprit dans la chair ». Ce mirage court à sa propre perte faute de la somme d’énergie dont dispose le sexe, suggestions et inspirations, force créative et réunion des couches sociales dans une diversité mélangée.

 

Faut-il pour convaincre faire la relation, pour exemple, d’un portrait du poète avignonnais Richaud, qui séduisit tout le monde tant pas son pouvoir juvénile que par son premier recueil de poèmes puis pu être décrit ainsi, jeune narcisse perdu fin des années 1940 : « Mais sa mauvaise langue n’avait plu que le temps où il était beau, avant sa déchéance due à l’alcool et à son besoin d’user de tout. Sa « Confession publique » est née de l’assassinat qu’il avait perpétré contre soi : relégué, lâché et lâche devant toute reprise de lui-même, il s’enfonçait dans une paix hilare, sombrant dans son ivresse escamotée à tous. »

 

Pourtant l’homme peut n’être vraiment bon que dans le dédoublement palpable, le dégageant de la géhenne du temps qui court et de ses offenses. Peut-être est-ce parce que la société laisse les adolescents se faire eux-mêmes une moral destructrice. Certes, tous les médias parlent d’ébats, de fumeries, de drogues ou de libertés ! Mais qu’est-ce qui est fait pour vanter la plénitude des sens bien comprise ? Elle est laissée au libre arbitre de chacun sans formation, information préalable, sous le prétexte que la liberté va de soi et se trouve toute seule ! Non. Les pistes sont en fait déjà ouvertes. Connaître leur codification est important pour les emprunter. La jeunesse est contrainte à chaparder le sexe, donner en convoitise du désir, à le ressentir comme illicite, une honte, une saleté au regard de la société de ceux qui sont installés. Ce climat est mauvais et génère les larcins du désir, l’agression et l’agressivité, la violence par frustration. Peut-être que tous ces paradoxes notent l’apparition des ressentiments d’autres sois, alors que la simplification des relations et des touchers libérerait les appels à la variabilité fondue dans l’authentique autorisé. Là, se trouve la clef des combats et des revendications de maintenant.

 

* *

 

Il y a nécessité urgente d’un grand rebond, d’un refondement des valeurs et des mobiles peut-être par la discussion ou le travail en commun, car tous les comportements égocentriques équivalent à nous tirer des balles dans les pieds pour nous empêcher d’avancer et de nous protéger. ATTENTION danger ! D’autant que dans une société prétendue libérée, comme la notre, il y a encore un bataillon de frustrés qui n’osent lever le masque qu’à l’enterrement d’un Sartre, Pasolini, Moravia ou Genet.

 

 

 

 

Même libres, nous sommes l’occupé de quelqu’un. Faut-il l’admettre, en souhaitant que l’occupant soit le plus avisé qui soit, plein d’équité et de reconnaissance pour les droits de chacun. Alors que la liberté semble de plus en plus illusoire sur cette terre où de plus en plus nous dépendons tous les uns des autres et où nous devons faire tout pour ne pas nous détruire irrédiablement. Enfin, peut-être ! Est-il tolérable que la plupart des individus clament leur faim, leur besoin de confort, face à l’égoïsme des nantis qui peuvent jouir des excès de la liberté ? Plus personne n’ose dire le vrai, de peur d’être en porte à faux avec la tolérance réputée pouvoir limer tous les intégrismes : bon sentiment ou lâcheté ? Il n’est plus temps de vivre replié sur soi, ce qui génère les scléroses, mais d’accepter l’hétéroclite des nationalités, des races, des droits, sans que pourtant la différence de chacun n’écrase celle des autres.

 

 

Nous avons certes des choses à faire ensemble et des raisons objectives d’être ensemble, dans un juste intérêt de partager des forces et de promouvoir des avancées. Mais il faut pour cela être en accord sur une charte commune de non-agression, de respect, d’équilibre des forces respectives mais aussi d’aide et d’assistance sans monopoliser des acquis, ni revendications exclusives. L’équilibre est de mise au risque sinon de créer la scission et le recul de la société, non acquise définitivement.



[1] Site de dialogue de lesbiennes de Marseille, si j’ai bien compris.